Essence et utopie

Huxley fait partie de ces rares écrivains qui ont saisi que l’essence du totalitarisme ne se réduit pas à un simple schéma de la répression. La violence physique, qu’elle soit légitime ou non, est propre à tout régime. Ce qu’a compris Huxley, c’est la distinction entre le bonheur et la liberté. Le Meilleur des Mondes est une dystopie – c’est-à-dire une utopie qui a échoué, mais seulement en partie. Le bonheur est toujours là : géré, régulé, planifié. Il est jugé dystopique parce que les hommes vivent libres dans une vaste prison, même ceux qui sont intellectuellement émancipés du système. Huxley est peut-être l’un des meilleurs exemples de la nocivité des utopies, de leur totalitarisme intrinsèque, et pourquoi elles sont bonnes à brûler toutes autant qu’elles sont, parce qu’aucune ne réalise le bonheur sans passer par un génocide culturel impitoyable. C’est leur constante ; elle se trouve en filigrane de toute forme de régime totalitaire, quelle que soit la forme légale qu’il revêt, et c’est d’ailleurs parce qu’il détient la légalité que le pouvoir peut d’autant mieux mettre en œuvre ses projets. Le Meilleur des Mondes dévoile ce qui est vraiment total : légiférer sur le moindre aspect de la vie.

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