La force du passé

Leopardi correspond peut-être le plus à ce que Pasolini entendait par la force révolutionnaire du passé. Il est à lui seul une constellation du vide. Il n’y a ni horizon, ni terre promise, et encore moins d’espoir dans sa pensée. Le futur est à ses yeux une chose qui balance entre le néant et la vacuité des hommes prêts à tout pour se détourner du réel, et le réel est trop concret pour eux justement pour être accepté comme tel. Toutefois, même s’il a massacré les illusions à coup de scalpel, Leopardi n’est ni un aigri, ni un nihiliste. Il savait ce qui a de la valeur et, à ses yeux, c’est précisément ce qui est rejeté au nom du progrès qui en a.  Maintenant que le désenchantement du monde en a fini avec les dernières survivances du sacré qu’on pouvait encore croiser inopinément du temps de Pasolini, et que nous sommes tous condamnés à plus ou moins long terme au joug du bonheur standardisé et globalisé, Leopardi apparaît comme un croque-mitaine dont il est temps de mettre fin à l’oubli à perpétuité dans lequel les douaniers de la pensée d’avant-guerre l’ont commodément enfermé, parce qu’il n’est ni un monstre, ni un scrogneugneu bossu, mais peut-être, rétroactivement, le dernier vate de son espèce.

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