Et pourquoi des gros monstres en temps de détresse

JOURNÉES DE RELECTURE

Il y a des écrivains qu’on ne devrait jamais lire passé quinze ans. Le ton, l’imaginaire, les personnages : tout ce qui enchantait nos jeunes années présente tout d’un coup un aspect morne, répétitif, attendu et stupide. Pire, voilà des auteurs qui nous font prendre conscience que nous ne sommes plus des enfants ou des adolescents. Que nous avons vieilli, et que ce mal est irrémédiable. Sur ce point, l’œuvre d’Howard Phillips Lovecraft offre un cas exemplaire. Tout ce qui pouvait m’enchanter autrefois (à savoir, en vrac : monstres poulpeux, fascination pour le répugnant, fausse érudition à la Edgar Poe) est toujours bien là, abondamment. Lire aujourd’hui ces histoires les unes à la suite des autres permet de convoquer, à satiété, voix qui chuchotent dans les ténèbres, cités cyclopéennes perdues, cadavres flottants dans les cours d’eau de la Nouvelle-Angleterre, possessions diaboliques et autres monstres aquatiques… Ici, la littérature de l’âge industriel se présente sans fard comme une série de variations sur thèmes – thèmes imposés, peu inventifs, censés produire l’effroi chez un lecteur dont la complaisance se dissipe bien souvent, malheureusement, avec l’âge.     Ajoutons ce que l’on devine enfin, et qui échappait à des yeux plus jeunes : l’effarant puritanisme du bonhomme (je ne parle même pas de son racisme vieillot). Le mal est toujours abomination, chez Lovecraft : il est l’expression de forces inhumaines. Je songe à ces prédicateurs fous que mettent en scène les récits de Flannery O’Connor (La Sagesse dans le sang, par exemple). Eh bien, si ces derniers avaient écrit des nouvelles ou des romans, ils auraient sûrement ressemblé à ceux de Lovecraft. On peut en voir la marque dans son insistance, toute victorienne, sur la puanteur du mal : l’hygiénisme olfactif lovecraftien s’apparente par moments à une longue, trop longue publicité pour des produits nettoyants et désodorisants : les créatures monstrueuses puent, les collines qu’ils hantent puent, le laboratoire secret de Charles Dexter Ward répand une « odeur effroyable ». Quant aux métèques et autres êtres à sang-mêlé… « Les héros ne sentent pas bon », lançait méchamment Hussonnet à Frédéric Moreau lors de la fameuse scène de la mise à sac du Palais-Royal, dans L’Éducation sentimentale. Les méchants monstres de Lovecraft non plus.

LA POÉSIE DES BORBORYGMES

Et puis il y a, bien sûr, l’habituelle rhétorique de l’indicible – caractéristique de ce genre de littérature. La couleur tombée du ciel ? Indescriptible. Le monstre de L’Abomination de Dunwich ? Tantôt visible, tantôt invisible, un bizarre mélange de pieuvre, de mille-pattes, d’araignée et d’homme… Et les grandes créatures coniques à ventouses et tentacules de Dans l’Abîme du temps, et les cris « abominables, que rien ne saurait décrire », qu’entend le courageux Willett alors qu’il s’enfonce dans le dangereux repère de Joseph Curwen ? Indicibles, forcément indicibles. Comme pour contrebalancer cette impossibilité à décrire, l’auteur s’autorise en même temps une certaine inventivité dans les noms et la langue dont on se serait bien passé… Régulièrement, on croise chez Lovecraft des langues imaginaires, des prières et incantations énoncées dans des borborygmes propres à susciter (du moins, je l’imagine) la fascination et l’effroi, des noms de divinités et de peuples plus débiles les uns que les autres – dont l’héritage le plus évident me semble se trouver du côté de la délirante onomastique lucassienne, telle qu’elle se déploie dans la saga Star Wars.

Du côté des noms propres, cela donne des choses comme : Aklo Sabaoth, Yr et Nhhngr (L’Abomination de Dunwich), Pht-thyar-l’yi et Y’ha-nthlei (Le Cauchemar d’Innsmouth), ou encore cette belle liste, dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres, avec entre autres l’inévitable Cthulhu : « Yuggoth, le grand Cthulhu, Tsathoggua, Yog-Sothoth, R’lyeh, Nyarlathotep, Azathoth, Hastur, Yian, Leng, le lac de Hali, Bethmoora, le Signe Jaune, L’mur-Kathulos, Bran et le Magnum Innominandum ». On a aussi droit, parfois, à des phrases complètes qui ressemblent à de longues fautes de frappe (c’est à se demander s’il n’arrivait pas à Lovecraft de s’endormir sur sa machine à écrire ; au réveil, il se trouvait généralement très satisfait de la page tapée dans les tourments du sommeil). Allez, on retient son souffle et on se lance : « Ygnaiih…, ygnaiih… thflthkh, ngha… Yog-Sothoth,… Y’bthnk,… h’ehye,. n’grkdl’lh » (L’Abomination de Dunwich).

À vos souhaits.

L’ENFANCE DU MAL

Borges parlait de Lovecraft comme d’un « pasticheur involontaire de Poe », et l’on ne saurait nier qu’il existe, chez l’auteur de La Chute de la Maison Usher, des passages tout aussi pédants, étalant avec insolence la même culture de seconde main, la même fausse érudition historique, linguistique ou philosophique parfaitement grotesque (on trouve la même chose chez Balzac, d’ailleurs). Cependant, chez Poe, Balzac ou Borges, ce penchant se trouve toujours tempéré par une divine ironie. Celle-ci, chez Lovecraft, fait malheureusement défaut. J’aurais donc pu en rester là. À ce pénible sentiment qu’il était trop tard, bien trop tard (quoth the raven : nevermore) pour revenir à Lovecraft, sinon pour y gâcher les beaux souvenirs effrayés de mes lectures de treize ou quatorze ans. Et pourtant…

Pourtant, je ne saurais nier avoir pris un réel intérêt dans cette nouvelle plongée dans l’œuvre du conteur de Providence. Outre les très bons textes qui surnagent malgré tout dans le marasme des produits frelatés (Le Cauchemar d’Innsmouth, Les Montagnes hallucinées et L’Affaire Charles Dexter Ward, au moins), j’ai été captivé par ce que Lovecraft nous disait (bien malgré lui) du mal. C’est qu’il nous en apprend bien plus que je ne le soupçonnais, je l’avoue, à l’adolescence, sur lui-même comme sur le monde.

LA CATASTROPHE, C’EST NOUS

Pour commencer, quelques exemples. Dans La Couleur tombée du ciel, une météorite détruit progressivement toute une parcelle agricole : les fruits y prolifèrent et pourrissent à la fois, les animaux grandissent monstrueusement. Porcs, vaches, poules, tous deviennent progressivement grisâtres, immangeables. Peu à peu, les humains eux-mêmes sont atteints. Bon. La semaine où je relisais cette histoire, j’apprenais à quelques jours d’intervalles qu’un infernal continent de plastique, fruit monstrueux des déjections de la société humaine, dérivait dans l’Océan Pacifique. Un machin dégueulasse, trois fois grand comme la France. Quelques jours plus tard tombait cette autre nouvelle réjouissante : en une vingtaine d’années, le tiers des oiseaux peuplant les campagnes françaises avait… tout bonnement disparu. Les pesticides exterminant vers et insectes pour une meilleure efficacité de notre agriculture, les oiseaux, ces créatures chéries par le Poverello comme par Leopardi (et moi-même) ne trouvent plus à se nourrir. Et meurent, par centaines de milliers.

La catastrophe, donc, est bien là. Seulement elle n’est pas tombée du ciel. C’est nous qui la produisons – d’aucuns diraient, dans la joie mauvaise de faire un bon mot : la catastrophe, c’est nous. Les extra-terrestres, les dieux cachés, les « Grands Anciens » n’y sont pour rien. Même chose pour toutes les histoires de croisement entre espèces, comme dans Le Cauchemar d’Innsmouth : les croisements monstrueux entre hommes et bêtes, l’optimisation de la machine humaine… Nous y sommes. Quant aux projets d’extermination de la race humaine (voir L’Abomination de Dunwich), ma foi, le siècle passé a donné suffisamment d’exemples qui se passaient, pour cela, des services de ce bon vieux Cthulhu…

LE JOUR OÙ LOVECRAFT NE NOUS A PLUS FAIT PEUR

Lovecraft ne pouvait pas s’imaginer tout ça, me direz-vous. Pas sûr, après tout, les contes d’un Villiers de L’Isle-Adam (né un demi-siècle avant Lovecraft) ne cessent de mettre en scène l’industrialisation et la falsification du monde, d’une manière aussi drolatique qu’effrayée. Curieuse stratégie, donc. Le maître de l’effroi s’avère paradoxalement, pour nous, l’auteur d’une œuvre rassurante au sens où l’horreur n’y survient jamais du fait de l’homme, mais toujours à cause d’entités extérieures : monstres animaux, divinités obscures, créatures venues de l’espace. Lénifiant Lovecraft. Dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres, Henry Akeley s’inquiète de voir les agences immobilières du Vermont envahir sa région pour y construire, sur les collines peuplées de monstres crabes extra-terrestres (oui, bon, je sais…), des villas bon marché. Bizarre inversion du mal : c’est le bidule impossible qui est redouté, non l’activité humaine salopant joyeusement tout sur son passage.

Que cela soit bien clair cependant : il ne s’agit nullement de tirer les oreilles à l’auteur de Dagon pour son manque de sensibilité à la cause écologique, ni pour son absence prodigieuse de clairvoyance politique. Non, simplement ce qui me frappe à le relire, c’est le passage du temps. Comme ses angoisses nous paraissent rassurantes ! Comme si c’étaient des créatures magiques que nous devions redouter en ce bas monde, et non l’homme qui les en a si indélicatement délogées ! Les fantasmes lovecraftiens, la nature pleine de monstres qu’il met en scène, avec son panthéon polythéiste compliqué, comme elle paraît douce, dans le fond, à côté de notre monde sans autre, terminé, bouclé. Désenchanté, pour reprendre le mot de Mylène Farmer et de Max Weber.        Pour notre malheur, nous en sommes peut-être arrivés à un âge où Lovecraft ne peut plus faire peur. Parce que le mal qu’il décrit est devenu notre quotidien. Mais, surtout, parce que nous en sommes les seuls et uniques responsables.

NOUVELLES COSMOGONIES

Cela étant, nous n’avons encore fait qu’effleurer la question du mal chez Lovecraft. Car, si l’on peut parler de réenchantement du monde et de néo-polythéisme à propos de son œuvre, on ne peut manquer d’être frappé par ce qui distingue l’imaginaire lovecraftien de celui du monde grec, celui d’Hésiode et d’Homère par exemple. J’aimerais donc tenter ici un rapprochement, légèrement délirant j’en ai bien conscience, mais qui me semble potentiellement éclairant. Chez les Grecs aussi, le monde était peuplé de créatures magiques et de dieux puissants. Ceux-ci, pour autant, n’étaient pas tous malfaisants et cruels. C’est un détail d’importance, surtout si l’on met bout à bout tant d’auteurs chéris de la pop culture contemporaine : les Tolkien, les Lovecraft, sans parler de la ribambelle des super héros américains…D’où nous vient donc cette habitude qui consiste à inventer de nouveaux dieux, parfois des panthéons complets, des cosmogonies qui pourraient pratiquement rivaliser, en termes de complexité, avec celle d’Hésiode ? De l’étude des religions telle qu’elle se met en place à partir du XIXe siècle ? De l’épuisement des vieilles religions du Livre ? D’un ancestral désir de se rassurer ? Des modes post-romantiques, en passant par le New Age, si bien décrites par Philippe Muray dans son XIXe siècle à travers les âges ? Voyons cela d’un peu plus près : à y bien regarder la création lovecraftienne me semble assez largement à l’opposé du monde homérique. Partant, elle est la pure et simple expression d’une modernité que son auteur faisait pourtant profession de haïr.

ULYSSE, LOVECRAFT ET L’HYBRIS

Un certain nombre d’indices m’incitent à proposer un rapprochement entre l’œuvre de Lovecraft et celle d’Homère. Dans L’Appel de Cthulhu, le terrible dieu est brièvement comparé à Polyphème, faisant du second maître Johansen un nouvel Ulysse. La mer est de toute façon omniprésente, chez le romancier de Providence : source de toutes les angoisses, abîme d’où surgissent les pires créatures et qui renferme en son sein de terrifiantes cités englouties, elle est cette grande soupe primitive d’où tout est venu et où tout retournera. Pourtant, elle n’est en rien comparable à ce qu’elle représente chez Homère : d’un côté, nous avons l’épopée formidable d’un peuple de marins, d’aventuriers et d’explorateurs, de l’autre le regard angoissé, porté depuis la terre, d’un être sédentaire qui se méfie de tout ce qui vient d’ailleurs.

Rappelons à ce propos quelques évidences. Dans L’Odyssée, Ulysse cherche à retourner à Ithaque. Il parcourt un monde inconnu, rencontre (et, bien souvent, affronte) une série de peuples et de créatures étranges. Cyclope, sirènes, Charybde et Scylla, Lestrygons, Lotophages le menacent et pourtant, par la ruse, Ulysse parvient à se tirer de toutes les embûches : il est l’expression du génie grec, de sa perpétuelle curiosité, mais aussi de son ingéniosité. Il entend le chant des sirènes sans mourir, il contraint la magicienne Circée à rendre à ses compagnons leur forme humaine, il aveugle Polyphème et parvient à fuir hors de sa grotte.  Contrairement à ce que racontent le plus souvent les nouvelles de Lovecraft, c’est le héros qui, chez Homère, va à la découverte des peuples inconnus. C’est lui qui visite, plus qu’il n’est visité. Et comme nombre de commentateurs l’ont expliqué avant moi, chaque île, chaque étape de son périple est l’occasion pour lui (et pour le peuple grec dont il est la géniale et parfaite incarnation) de poser la question de ce qu’il est, de ce que sont les autres, de même que la civilisation et la barbarie. Qui respecte les lois de l’hospitalité ? Qui ne les respecte pas ? Qui veut manger ses invités ? Qui veut les empêcher de repartir ? Grâce à l’aide d’Athéna, grâce à la mêtis dont elle a doté notre héros (l’intelligence rusée), Ulysse triomphe toujours. Il reverra Ithaque. Nulle vision idyllique dans L’Odyssée, donc : pas de citoyenneté du monde, pas de vivre-ensemble, pas de grande famille humaine. La mer est menaçante. Le monde inconnu est dangereux. Les lois écrites et non écrites qui structurent le monde grec ne sont nullement reconnues partout. Mais, face à l’inconnu terrifiant, l’homme grec, sûr de sa culture et de son savoir-faire (notamment de marin), peut toujours triompher. Et donc laisser libre cours à sa curiosité.

Chez Lovecraft, la situation est comme renversée. Les monstrueuses créatures marines excitent moins la curiosité que le dégoût et l’effroi. Et, surtout, elles n’exigent qu’une seule réponse apeurée de la part de la civilisation nord-américaine : la destruction totale. Lovecraft, qui croit sans doute puiser dans les cultures polythéistes anciennes, exprime à chaque page l’accomplissement du projet moderne, dans sa variante puritaine-américaine, bien plus qu’un retour au savoir des civilisations préchrétiennes. À savoir : réclamer à cor et à cri la destruction de tout ce qui n’est pas soi, perçu comme une menace vis-à-vis de son existence, de son être même. Ulysse s’enivre du chant des sirènes, et goûte à l’amour dans les bras de Circée comme de Calypso. Mais tous ceux qui ont rêvé de Cthulhu n’ont de choix qu’entre le suicide et la folie. Ulysse veut savoir. Les héros de Lovecraft regrettent d’avoir appris. Émanation d’une époque où l’homme est le jouet des forces naturelles, Ulysse l’emporte pourtant toujours sur des êtres surpuissants. À l’inverse, comme en un chiasme parfait, les personnages lovecraftiens sont écrasés par des êtres supérieurs en tout, alors qu’ils appartiennent à une société où c’est l’homme qui, passant la mesure, a acquis la capacité de tout détruire : la nature, la planète, lui-même. L’épopée homérique traduit les aspirations d’une civilisation fragile, mais fière de sa pensée et consciente du fait qu’elle est une authentique civilisation (notion qu’elle invente peut-être). Elle dit la nécessité de la mesure et de la limite, pour vivre en harmonie avec le monde. L’œuvre de Lovecraft, nourrie par la peur, exprime une hybris démentielle tout en la prêtant à des êtres imaginaires : ce qu’elle veut, c’est moins l’harmonie avec ce qui excède la société dont elle est l’expression crue, sans fard, que la destruction de tout ce qui n’est pas elle, repeint sous les allures terrifiantes de divinités poulpeuses de carnaval.

HEUREUX QUI COMME LOVECRAFT…

Difficile, on l’aura compris, d’imaginer positions plus éloignées à mes yeux. L’avantage d’une telle comparaison, c’est donc, peut-être, de nous permettre de saisir ce que c’est qu’une civilisation qui naît, et ce que c’est qu’une civilisation qui meurt. Pour autant, je ne voudrais pas achever mon propos d’une manière aussi visiblement désavantageuse pour ce malheureux Lovecraft. Car, après tout, repeupler le monde de divinités et de créations magiques, quand bien même elles seraient toutes uniment maléfiques, exprime une ambition qui n’a pas à voir qu’avec le désir victorien de purification du monde, l’angoisse puritaine de l’autre et le désir à peine voiler de sa destruction.

Un détail véritablement m’enchante chez Lovecraft : tout s’y passe dans une toute petite région (à l’échelle de l’Amérique comme du monde) de son pays. Entre Vermont, Massachussetts et Rhode Island. Cette Nouvelle Angleterre des Pilgrims Fathers et des sorcières de Salem, des petites villes et des automnes flamboyants. Avec un amour évident, le romancier en décrit les moindres recoins, les collines et les cours d’eau, les lignes de bus et les bibliothèques, les architectures urbaines et les petits ponts de bois.           Par un hasard des plus improbables, hasard voulu, éminemment enfantin, c’est toujours en Nouvelle-Angleterre que le sort de l’humanité semble se jouer pour lui : c’est là que les monstres surgissent, que les extra-terrestres se cachent. Espace enchanté, merveilleux, émouvant, avec en son cœur l’imaginaire ville d’Arkham, la Nouvelle Angleterre de Lovecraft nous donne à voir un monde à hauteur d’enfant : tout y est fascinant, à la fois envoûtant et effrayant : les forêts, les collines, les villes et les cours d’eau. Avec l’amour un peu délirant d’un Joachim Du Bellay chantant, depuis Rome, sa Loire gauloise, son petit Liré et la douceur angevine (dans un célèbre poème où il était, d’ailleurs, déjà question d’Ulysse…), Lovecraft parvient à hisser son environnement immédiat – banalement, provincialement immédiat – au rang de mythe littéraire.

Cela ne se produit pas si souvent dans l’Histoire, quand on y pense. Et Lovecraft, en rêvant à la rencontre entre dieux anciens et province moderne, fait bien plus qu’exprimer une série d’angoisses tantôt désuètes, tantôt banalement modernes dans ce qu’elles expriment de fantasmes de toute-puissance et de destruction absolue. Peu importe, d’ailleurs, qu’il ait cru ou non à son panthéon de divinités aux noms plus stupides et laids les uns que les autres ! Il a façonné un monde, par la seule force de son esprit et de l’amour qu’il portait à sa ville et à sa région. Les promenades du jeune Charles Dexter Ward, dans les premières pages du roman qui lui est consacré, expriment une sensibilité à la beauté, une capacité à l’émerveillement, une peur des étrangers aussi qui sont le fait de n’importe quel enfant un peu doué. On peut bien sûr regretter qu’une telle perception du monde se soit conservée en tout point à l’identique chez un homme adulte. On aurait tort, cependant, de négliger que c’est grâce à elle qu’une œuvre littéraire, peu importe ses innombrables faiblesses, a pu naître.

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3 réponses à “Et pourquoi des gros monstres en temps de détresse

  1. Quel mépris, quelle auto-suffisance, quel tissu d’âneries et de lieux communs qui traduisent une totale méconnaissance de l’auteur ! Comme je suis poli et que je sais rester courtois malgré mes indignations, je ne donnerai aucun adjectif pour qualifier l’auteur d’un tel article… 😉

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