Nous sommes Providence

L’horreur qui se glissait hors de l’oreiller de Lovecraft ne s’arrêtait pas au seuil de l’imaginaire. C’est même plutôt l’inverse ; l’horreur ne se glissait pas hors de l’oreiller, mais dans l’oreiller de Lovecraft. En y posant sa tête, le « reclus » de Providence y projetait le mélange unique de ses horreurs cosmiques et les horreurs qu’il percevait – ou croyait percevoir – au quotidien. L’horreur lovecraftienne n’est nulle autre que la représentation, non seulement de l’auteur lui-même, mais de sa propre époque et des craintes de sa propre époque. La haine du progrès, des étrangers, de l’industrialisme, sont autant de peurs que Lovecraft projeta dans son oreiller qui, à son réveil, les avait transformés en cohortes de monstruosités indicibles. Scandaleux, Lovecraft ? Sans doute. Honni par le camp du Bien ? Évidemment. Les dossiers les plus récents sur Lovecraft prennent d’ailleurs un grand soin à occulter son aspect sulfureux, comme s’il était hermétique de son œuvre. Or, Lovecraft est un bloc. Il est vain de vouloir dissocier sa littérature de sa personne. S’il est l’un des piliers de l’Imaginaire, il l’est d’autant plus parce qu’il a articulé imaginaire et pensée politique, aussi critiquable soit-elle et sans que sa valeur littéraire en soit changée. Mais nous ne sommes pas là pour donner des leçons de morales et autres suppositoires garantis sans amalgames, nous sommes là pour rendre Lovecraft à lui-même. Iä Iä Cthulhu fhtagn !

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