La dernière révolution

C’est par la culture populaire que la colonisation des imaginaires peut se montrer la plus répressive et totalisante, car elle est le plus puissant vecteur de codes et de valeurs, notamment ceux du Nouveau Pouvoir. Ce qu’on nomme par ailleurs les littératures de l’imaginaire en France, fantascienza en Italie ou fantasy dans les pays anglo-saxons ne sont désormais plus qu’une sorte de gargouillis insipide à son service, une culture de masse dans toute sa gloire incestueuse et uniformisatrice. Il ne s’agit plus que d’un recyclage permanent, une fantaisie de la fantaisie, dont tout le monde se gave dans l’insouciance folle qu’est celle du consommateur acculturé. Désormais, il n’est plus question de pondre autre chose que du divertissement ; la poésie et la force révolutionnaire du passé dont faisait preuve les authentiques œuvres de fantaisie sont autant d’atavismes que l’on ne saurait voir autrement que comme des vieilleries bonnes pour musées. Voilà pourquoi ramener le XVIIIe baron de Dunsany nous semblait opportun. Étant à la fantaisie ce que Jules Verne est à la Science-Fiction (à laquelle il s’adonna aussi), ses œuvres nous rappellent que la lutte contre le désenchantement du monde n’a pas besoin des atours de l’intellectualisme pour être pertinente, sinon pour quelques aigris du bulbe. Redécouvrir cette littérature puisant dans des folklores oubliés, ou plutôt justement réduits à une pure fonction folklorique, ne relève pas de l’exercice de quelques khâgneux drogués à la théine, mais du bon sens, d’une évidence telle qu’un aveugle même pourrait la voir. Nous présentons la littérature de Lord Dunsany pour ce qu’elle est : une ode à la puissance poétique inactuelle qui s’oppose au désenchantement du monde, puissance que les sirènes de la modernité moderne ne pourront jamais altérer ; un scalpel à même d’arracher la fistule qui ronge un genre qui tient désormais plus de l’ectoplasme que de la littérature, conséquence fatale du nivellement voulu par le Nouveau Pouvoir. La fantaisie dunsanienne n’est pas un ramassis de vieux contes hermétiques, mais un acte poétique qui se veut être le négatif d’un monde desséché qui ne croit plus qu’à la machinerie du Progrès ; une dualité du monde réel : celle du merveilleux et du moderne.

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