L’alternance contre l’alternative

Pourquoi la classe dominante ne fait-elle que répéter ce mot jusqu’à la nausée qu’est « l’alternance » ? Pourquoi fait-elle croire qu’elle serait une solution, alors que son sens véritable n’est rien d’autre que le renoncement ? La classe dominante se fiche de l’alternative, parce qu’elle ne croit pas au changement ; pire, elle le craint, le dresse en monstruosité et usurpe le vocabulaire de sorte à dresser le peuple contre lui-même en donnant au mot « populisme » le sens de « démagogie ».

L’alternance, contrairement à l’alternative, n’induit aucun changement de fond, mais seulement de forme. L’alternance n’est qu’un maquillage destiné à tromper le plus grand nombre qui, totalement acculturé, en vient à se faire le complice zélé de ses propres bourreaux. Il faut pourtant dissocier une bonne fois pour toute « alternance » et « alternative ». À chaque fois qu’un homme politique dit qu’il souhaite l’alternance, ou pire, l’incarner, il affirme renoncer à toute possibilité de rupture avec le régime – politique, culturel ou économique – en place ; c’est un transformisme, un changement de façade mû par les intérêts de classe, en l’occurrence bourgeoise. Seule l’alternance intéresse la classe dominante, car elle peut ainsi faire croire qu’elle est toujours aux commandes sans pour autant être capable de conduire de changement radical. Nous vivons depuis plusieurs décennies dans un pays où les mêmes élites se passent le témoin entre elles à tour de rôle, rendant impossible l’idée d’alternative, alors qu’il serait tout à fait possible d’imaginer l’avènement d’une alternative sans alternance ; c’est-à-dire un changement, radical, voire révolutionnaire, qui mette fin au perpétuel yo-yo qui régit le pays. Mais si la classe dominante préfère aussi l’alternance à l’alternative, ce n’est pas seulement par confort bourgeois et par peur du changement, c’est aussi parce qu’elle ne peut plus que dominer. La classe dominante est aujourd’hui incapable de diriger parce qu’elle a depuis longtemps perdu le consentement des masses, mais dont elle garantit la soumission par une coercition terrible ; sa transmission de sa propre peur du changement. Désormais il n’est plus question du bonheur, du changement, bref, de l’alternative ; il est question de survie, de « responsabilité », de « dignité », de « sérieux » ; de donner au citoyen la conviction qu’il devrait se contenter de sa misère en lui faisant croire qu’il est un nanti, le tout au nom d’un certain sens de l’Histoire, sens défini et délivré par une volonté… bourgeoise. Le réformisme, s’il ne concourt pas au bonheur mais au développement, n’est en rien révolutionnaire, et n’incarne donc en rien une alternative, mais seulement l’alternance, et sert d’autres intérêts que ceux du peuple. Bref, « si nous voulons que tout reste comme tel, il faut que tout change. »

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