Comment régenter un État spatial ?

palpatine

Les Empires ou Républiques galactiques sont le phantasme ultime d’un univers de science-fiction de type space opera. Du cycle de Fondation d’Asimov à Star Wars, en passant par Star Trek, sans compter les myriades d’œuvres qui exposèrent leurs systèmes, rares sont celles qui, cependant, prennent le temps d’expliciter le fonctionnement de ces entités supranationales, ou plutôt supraplanétaires. D’un point de vue réaliste, la plus grande échelle que nous puissions envisager au début du XXIe siècle se borne aux œcuménopoles, soit aux villes-mondes, mais sans gouvernement unique à la clef, le concept se fondant avant tout sur un tissu urbain et économique. Or, régenter un État qui comporterait plusieurs mondes pose d’énormes difficultés juridiques et politiques à résoudre pour que l’ensemble ait ne serait-ce qu’un semblant de cohérence. Si l’on a tous en tête, sur le plan institutionnel, l’idée d’un sénat galactique avec un chancelier ou un empereur à sa tête, ou encore un capitalisme total qui a triomphé de l’appareil étatique, il n’en reste pas moins que ces indices ne donnent pas assez de crédit sur le fonctionnement d’un tel ensemble. Dans l’absolu, il est convenu qu’un tel système serait en fait impossible à mettre en œuvre, et donc encore moins à être pérenne, les échelles étant trop vastes et les questions économiques, notamment celles liées aux ressources ou au commerce, anéantissent toute idée d’État spatial. Cependant, comme Accattone aime à explorer les labyrinthes les plus excentriques de la littérature dans ses articles de ‘pataphysiques, nous nous efforcerons de jouer le jeu pour tenter de déduire des œuvres existantes les moyens de fonctionnement d’une pareille chimère politico-juridique. Parce que nous n’avons peur de rien, et surtout pas de faire fi que l’impossible est impossible. Nous tâcherons donc d’imaginer quelles pourraient être les différences entre un Empire et une République à l’échelle spatiale, quelle organisation administrative pourrait s’articuler autour du système institutionnel et politique, ou encore de quelle façon la société serait organisée et représentée pour prévenir tout risque de sécession.

DES DISTINCTIONS ENTRE EMPIRE ET RÉPUBLIQUE

EMPIRE

 Il convient en premier lieu de définir ce qu’on considère comme un empire. Selon le dictionnaire Larousse, Un empire est un « régime autoritaire de type monarchique ou césariste dans lequel le pouvoir est détenu par un empereur ». Cette définition, bien que liminaire, nous apprend déjà une donnée fondamentale. Le pouvoir y est concentré et à ce titre, point de démocratie. De même, il est fondé de dire qu’un empire semble complexe à mettre en œuvre de prime abord. En effet, comment concentrer les pouvoirs en un seul être (non nécessairement humain) à l’échelle galactique, sachant que les contraintes inhérentes à la physique l’empêcheraient d’être pleinement présent partout sur son territoire. Cependant, les technologies développées dans les différentes œuvres présentées dans l’introduction y faciliteraient grandement.

C’est ainsi que dans les œuvres telles que Star Wars ou Star Trek le voyage interstellaire est pleinement maîtrisé et les distances gargantuesques séparant un système d’un autre n’ont plus grand sens. S’il est possible de se rendre d’un bout à l’autre d’une galaxie en dix minutes, il est facile pour l’empereur d’imposer son régime sur tout le système connu, à condition d’avoir une armée et une infrastructure (tant militaire qu’administrative et civile) adéquate.

Dans Star Wars, l’empire nait des cendres de la république noyautée de l’intérieur par des mouvements séparatistes et par un Chancelier avide de pouvoir jouant sur tous les tableaux pour prendre le contrôle de la galaxie. C’est ainsi qu’après avoir provoqué des troubles liés à la liberté de commerce (via la Fédération du Commerce des Neimoidiens qu’il contrôle en sous-main), il provoquera un mouvement séparatiste avec l’aide de son apprenti Darth Tyrannus (et Jedi perdu autrefois connu sous le nom du Comte Dooku) qui lui permettra de museler, amendement après amendement, les libertés des peuples de l’ancienne République et de prendre le contrôle de cette dernière en retirant tous les pouvoirs dévolus antérieurement au Sénat. Une fois ceci fait, le Chancelier Palpatine, devenu Empereur Palpatine au même moment où il proclamait l’Empire Galactique, a pu mettre en place son régime. Dans celui-ci, l’empereur a le pouvoir absolu, mais par commodité, il laisse le contrôle général des planètes à des représentants, parfois militaires, qui régentent en son nom les planètes de l’empire.

Dans l’œuvre d’Asimov, l’empire galactique s’est basé sur sa capitale, Trantor, afin d’imposer sa loi sur son espace, qui a pu aller jusqu’à 500 000 mondes. Il s’agit d’un empire qui, comparativement à l’empire galactique de Star Wars, a duré extrêmement longtemps et à ce titre, il a donné lieu à de réelles dynasties stellaires. Fondé au départ sur 5 planètes. La planète mère de tout cet empire, Trantor, est comparable à Coruscant, en ce qu’elle concentre la majorité des pouvoirs et des organes décisionnels du régime. Cependant, le régime impérial d’Asimov fait la démonstration de toutes les difficultés quant à la cohésion d’un état galactique. La seule planète de Trantor est ainsi dédiée à l’administration, et il faut chaque jour l’équivalent de vingt planètes agricoles pour en nourrir les habitants. Outre la lourdeur bureaucratique, c’est aussi l’abandon des systèmes périphériques de l’empire, et le surcoût général de l’entretien d’une force armée, qui entraîneront sa chute. À ce titre, après un passage sous un régime militaire, les richesses produites par les entreprises trantoriennes s’effondrèrent, précédées par une chute de la démographie. De même, de nombreuses crises politiques secouent ponctuellement l’Empire galactique, dont quelques régicides, laissant entendre parfois qu’il fut en réalité toujours déclin, et ce dès sa proclamation.

RÉPUBLIQUE

 Toujours selon le dictionnaire Larousse, la république se définit comme « une forme d’organisation politique (étatique, ndlr) dans laquelle les détenteurs du pouvoir l’exercent en vertu d’un mandat conféré par le corps social ». Ainsi la principale différence ici que l’on peut noter est qu’un empereur n’est pas mandaté par son corps social, mais a pris le pouvoir (de manière violente parfois, mais également par appui premier du corps social) et le concentre en ses mains de manière définitive.

La république, du moins dans notre acceptation française et moderne, est synonyme de démocratie. Mais le principe même d’une démocratie imposerait le vote de tous les êtres du régime, chose impossible lorsque celui-ci fait la taille d’une galaxie. Le système républicain utilisé choisi dans les œuvres de fictions est donc souvent le système représentatif, qui permet une gestion plus efficace, mais qui a l’écueil de ne pas permettre l’existence d’une démocratie totale.

Ainsi, dans Star Wars, le régime utilisé est assez simple, en ce que le peuple d’une planète nomme un dirigeant, et l’ensemble des dirigeants d’une zone de la galaxie nommera un représentant au Sénat à même de porter au mieux ses intérêts au point de vue législatif et règlementaire. Il est possible (du moins en partie), de rapprocher ça du bicaméralisme que l’on connait en France, ou le gouverneur de la planète serait un député et le sénateur élu par les grands électeurs serait… un sénateur. Il n’est cependant pas possible, au vu des films s’il existe dans cette œuvre une réelle séparation des pouvoirs, car le sénat édicte les lois, mais est également initiateur des mouvements de troupes militaires. Si le Chancelier pourrait être rapproché d’un président, il faut noter qu’il vient du sénat et n’est donc pas hors du pouvoir législatif. D’ailleurs, il est à remarquer que le Sénat galactique de la République tel qu’on peut le voir au travers de la prélogie de Star Wars est très similaire aux régimes parlementaires de la IIIe et IVe République que la France a connue. Ainsi, dès l’épisode I, l’on se rend compte que les commissions gangrènent le processus délibératif, notamment lorsque la reine Padmé Amidala demande une réaction militaire du Sénat pour mettre fin à l’invasion de Naboo, ce qui n’est pas sans faire rappeler la fameuse citation de Clémenceau : « si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission ». De plus, la motion de censure aussitôt soumise et vote et adoptée est elle aussi similaire à ce que l’on pouvait observer sous les IIIe et IVe République ; le pouvoir exécutif demeurant une émanation du pouvoir délibératif, et totalement soumis à lui, était des plus instables et pouvait faire l’objet d’une motion de censure à tout moment, ce qui arrive justement dans l’épisode I au profit de Palpatine.

On peut d’ailleurs noter que c’est cette faiblesse de séparation des pouvoirs qui mènera à l’empire, en ce que le chancelier prendra des amendements afin de mettre les Jedi sous son contrôle et de nommer des gouverneurs de planètes qui ne répondront que devant lui, faisant fi de la nécessité de la représentation sénatoriale.

Dans Star Trek, La fédération des planètes unies est un autre exemple de république (certes différente) existante à un niveau stellaire. Comme le laisse indiquer son nom, cette république est fédérale et représente donc plus un Conseil multiplanétaire qu’un réel régime d’êtres assimilés, les planètes conservant le plus souvent leur propre autonomie (relative). Ce régime, plus explicité que celui de Star Wars, ressemble plus aux canons que nous connaissons en réalité. Le pouvoir règlementaire et budgétaire est tenu par la présidence (située à Paris). Le pouvoir législatif est quant à lui tenu par le conseil de la fédération, sorte de chambre des représentants de toutes les races ayant adhéré à la fédération (dont le siège est à San Francisco). Il y a une petite particularité cependant. En effet dans cet univers fictionnel, le pouvoir (normalement régalien) de déclarer la guerre, ainsi que le contrôle de l’exploration et de la diplomatie, sont sous le contrôle du conseil.

CENTRALISME, CONFÉDÉRATION OU FÉDÉRATION ?

Or, tout cela pose les questions liées à l’organisation administrative et politique et notamment les conséquences culturelles qui en découleraient. Qu’il s’agisse d’un Empire ou d’une République, un État spatial serait forcément supranational, ou plutôt supraplanétaire. Il faut donc se poser la question de savoir comment le pouvoir en place s’organiserait et organiserait ses composantes territoriales et politiques. Historiquement, l’on remarque que les Empires, fatalement multiethniques et donc multiculturels, tentent avant tout de concilier les différences entre les communautés par l’octroi de larges autonomies politiques au niveau local, mais compense cela par un pouvoir politique concentré entre les mains de l’Empereur pour la gestion globale de l’Empire, tandis qu’une République a tendance à épouser un centralisme à la fois politique et administratif, mais surtout culturel. Dans les deux cas, ces types de régimes tentent de façonner et de maintenir l’idée d’une communauté de destin commune.

DÉCONCENTRATION OU DÉCENTRALISATION ?

Or, dans le cas d’une centralisation, cas le plus ardu à mettre en place dans un État comprenant plusieurs planètes, voire plusieurs systèmes solaires ou une galaxie. L’idée du « même marteau qui frappe mais on en a raccourci le manche » de Barrot semble en effet des plus incongrues à une telle échelle. Toutefois, il demeure possible d’examiner quelques pistes qui seraient à même, au moins dans la lettre, de permettre un système un tant soit peu cohérent.

L’idée d’un régime centralisateur n’exclut pas des déconcentrations et des décentralisations, accompagnées des autorités inhérentes. Ainsi, il est possible d’imaginer qu’un régime déconcentré et/ou décentralisé s’inspirerait de l’Empire Romain d’Orient, notamment en constituant des Exarchats, qui seraient donc régentés par un Exarque, lequel pourrait être une émanation directe, et donc déconcentré, voire décentralisé, du pouvoir central, qu’il soit impérial ou républicain. De même, l’on pourrait imaginer le système républicain romain étalé à l’échelle spatiale ; une planète apportant tant de tribuns, tant de questeurs, etc. Mais cela poserait déjà le problème inhérent à ces deux régimes qu’était l’émiettement administratif, et donc politique, qui fut l’une des causes de leur fin. À la rigueur, il serait convenable de penser que chaque planète serait une collectivité territoriale, privée de tout pouvoir législatif, monétaire, et imposable, mais pourrait disposer d’une compétence réglementaire, collecter des taxes et impôts locaux, etc., à l’image d’un conseil régional ou départemental. De même, l’idée d’un Exarchat qui procèderait à un contrôle de légalité comme n’importe quelle autorité déconcentrée, afin de veiller à ce qu’aucune dérive ou sécession ne survienne, ne paraît pas incongrue. Quant à la représentation planétaire, elle pourrait évidemment se calquer sur n’importe quel système existant ayant fait ses preuves ; soit par une forme sénatoriale, les sénateurs étant élus par de grands électeurs, soit par des conseillers de la république, élus au suffrage universel direct. Leur nombre, par planète et global, ne dépendant que du pouvoir central. En cas de principe d’équité, il serait proportionnel à la densité d’habitants, en cas d’égalité, chaque planète aurait le même nombre de représentants.

Cela étant, le régime le plus souple est souvent le plus désigné dans les œuvres de fictions, est celui d’une fédération.

CONFÉDÉRATION OU FÉDÉRATION ?

Cependant, il serait louable d’imaginer un système simplement confédéral. À l’échelle spatiale, ce dernier semble plus efficace qu’une fédération. En effet, la confédération n’affecte pas la souveraineté des États, elle permettrait donc à chaque planète ou chaque État de conserver ses prérogatives, la confédération servant à la défense ou la promotion d’un intérêt commun et mutuellement profitable. Elle permettrait de faciliter les transports, la sécurité de routes commerciales, la recherche scientifique, etc. Néanmoins, l’idée de confédération se heurte fatalement, et peut-être plus qu’un autre régime, à la question de la communauté de destin. Où se trouverait le « plébiscite de tous les jours » dans un système confédéral ? Dans l’absolu, il se pose dans tous les régimes spatiaux, sauf à considérer que cette projection considère tous les hommes comme une entité unie et indivisible, à l’instar de ce qui se passe dans la nouvelle Béni soit l’atome de René Barjavel, mais là aussi, la question de communauté de destin se pose.

Le système fédéral tente de compenser cela, mais non sans poser plusieurs problèmes. Le premier part du constat historique que toutes les fédérations modernes sont nées d’une guerre civile, qu’il s’agisse des États-Unis avec la guerre de Sécession, l’URSS avec la Révolution d’Octobre, ou même la Suisse avec la guerre du  Sonderbund. Or, la question d’une guerre à l’échelle spatiale est des plus saugrenues. Elle serait extrêmement coûteuse, rien que pour produire des vaisseaux spatiaux militaires, puis déplacer des milliards d’individus, mais serait aussi extrêmement lente ; or il n’y aucun intérêt économique à guerroyer dans l’espace, au contraire même. Enfin, un système fédéral entraînerait lui aussi, à terme, des problèmes politiques et culturels. Qu’il s’agisse de problèmes d’intégrations de systèmes périphériques comme l’Empire galactique d’Asimov, ou la République de Star Wars, aucun n’échappe aux problèmes de sécession, de taxation excessive, etc. Béni soit l’atome de Barjavel est l’une des rares œuvres à carrément poser la question de la communauté de destin ; après la colonisation du système solaire, la Lune et Pluton remettent en cause l’autorité terrienne et ne voient aucun intérêt à demeurer une émanation politique qui lui soit subordonnée.

LA TIANXA, UNIQUE SOLUTION ?

L’idée de transposer le système chinois de la Tianxa à l’échelle mondiale figure notamment dans l’ouvrage Du ciel à la terre. La Chine et l’Occident, présentant un échange entre Régis Debray et Zhao Tingyang. Ce dernier présente la Tianxa (signifiant « tout ce qui est sous le ciel ») que l’on trouve notamment sous la philosophie chinoise sous la dynastie Zhou comme « un système universel […] dont la nature politique fondamentale est d’être un système mondial bâti sur un réseau ouvert au monde. Bien qu’il ne recouvrît qu’une partie de la Chine actuelle, ce système politique pouvait, sur le plan théorique, englober toutes les cultures et toutes les nations dans une même famille mondiale. Sur le plan pratique, il était formé d’un pays noyau et de centaines de pays membres ou duchés (zhuhou). Chaque pays était doté d’un grand pouvoir comparable ; chacun bénéficiait d’une grande autonomie ; le pays noyau était responsable de la régulation des relations politiques de l’ensemble du système et des intérêts communs. »

Sur le plan théorique pur, ce système plus philosophique que politique, semble tenir la route, d’autant s’il est accompagné d’un système d’intégration et d’assimilation progressive autour dudit noyau central, pour gommer petit à petit les différences culturelles qui pourraient être à même de remettre en cause l’unité politique. Néanmoins, Régis Debray eut l’intelligence de remarquer que les sociétés modernes souffrent avant tout de « l’excès d’unité, l’uniformité ou l’indistinction », et nous rappelle que « la sauvegarde de ce que Lévi-Strauss appelait nos « écarts différentiels » devient un enjeu crucial. »

Or, c’est justement toute la question du démos qui rend la question d’un État spatial complexe, voire insoluble. L’échec de toutes les tentatives de mondialisations à travers l’histoire tend d’ailleurs à tuer dans l’œuf toute perspective d’Empire galactique, justement car il n’y aurait pas de démos. De même, la question du gouvernement, aussi bien dans son exercice que dans sa légitimité, se trouve toujours inenvisageables à l’heure actuelle, et les enjeux liées aux rapports de forces, ainsi que de la manière dont ils se manifesteraient, demeure du domaine purement spéculatif. À ce titre, il n’est que possible de partager le point de vue de Régis Debray : « toute réalité collective est instable et en déséquilibre, aucun ordre établi, même s’il se dit révolutionnaire, n’est intouchable ou immuable. Pourquoi ? Parce qu’il abrite une inégalité, une contradiction interne (entre dominants et dominés, par exemple), qui le met en mouvement. Ce conflit permanent (« le travail du négatif ») lui sert de moteur. Il n’est pas seulement destructeur, il est stimulant. »

De facto, les questions institutionnelles ne peuvent être posées sans être suivies des questions monétaires et économiques. Alors que les tentatives d’uniformisations des économies nationales en Europe bottent en touche, il serait intéressant de se pencher sur les possibilités et impossibilités de ces enjeux à l’échelle spatiale.

QUEL(S) MODÈLE(S) ÉCONOMIQUE(S) ?

 L’hypothèse la plus représentée dans les œuvres de fiction reste celle de l’ultralibéralisme, ou libérisme. Il est constant cependant que ce modèle provoque (du moins dans les œuvres de fictions) de réels problèmes. Qu’il s’agisse de dumping des industries planétaires par de grands groupes interstellaires menant à un quasi-monopole (dont on peut voir des exemples dans Star Wars notamment, avec la fédération du commerce et de Naboo) ou des catastrophes écologiques et sanitaires causés par la spéculation et l’absence de règlementation comme il est possible de le voir dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philippe K.Dick (plus tard renommé Blade Runner au cinéma).

Il est également possible d’imaginer un modèle plus règlementé qui se baserait sur un ensemble de valoir non transgressible, mais se poserait alors la question de savoir s’il est possible de contrôler les activités à une échelle spatiale.

De même, la question de la devise se poserait. Faudrait-il une devise unique (à la manière des dataries républicaines de Star Wars) ou y aurait-il une diversité de monnaie aussi grande que de peuples qui devraient alors toutes se basent sur une devise étalon (comme l’écu proposé avant l’avènement de l’euro). Cette question, à trancher par les représentants, poserait aussi la question de la souveraineté planétaire puisque le pouvoir de battre monnaie y est intimement lié. Seulement, la question d’une monnaie « commune », et non « unique », soit qui laisserait aux planètes une marge de manœuvre pour dévaluer à leur propre échelle, tandis qu’un taux de change unique serait fixé pour le commerce extérieur, est déjà une question sur laquelle les économistes se divisent, plusieurs estimant que le rapport coût/avantage n’en vaut pas la chandelle, d’autres que cela engendrerait une technocratie de fait avec un serpent de mer administratif. De même, les grandes théories libérales, notamment celle de Ricardo, montrent toute leur invraisemblance à une échelle pareille : premièrement parce qu’une planète habitable pour l’homme serait irrémédiablement autarcique, et anéantirait donc le besoin de commercer, sauf à trouver des planètes avec des denrées inconnues comme l’épice de Dune, deuxièmement parce que des échanges commerciaux tels que pensés dans sa doctrine, mais transposés à l’échelle spatiale seraient une absurdité économique sans nom. L’on voit d’ailleurs ce que cela a donné dans le cycle de l’Empire et de Fondation d’Asimov, étant donné que c’est peu ou prou ce système qui sert à alimenter littéralement Trantor.

Cette notion très humaine est aussi au cœur de nos interrogations sur notre possible entente ou mésentente avec d’hypothétiques races extraterrestres. En effet, force est de constater que nos relations interétatiques sont avant tout motivées par des relations commerciales, qui semblent être le seul lien qui nous permet de maintenir une paix entre nous tant que nous y avons intérêt économiquement. Seulement, quel intérêt y aurait-il de commercer avec une planète identique à la Terre ? La question qui se posera alors est de savoir si les races extraterrestres n’auraient pas d’autre envie que de commercer avec nous plutôt que de partager nos connaissances et la découverte de l’univers, ou complètement l’inverse. Soit celles-ci considèreront cette vision des choses comme barbares, et elles rompront tout contact avec nous, soit elles seront aussi vénales que le sera l’humanité, et l’aventure spatiale pourra se poursuivre de la plus désabusée des manières.

Article co-rédigé par Jan Roesch et Fabrizio Tribuzio-Bugatti

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Une réponse à “Comment régenter un État spatial ?

  1. Joli exercice de pensée.
    L’œuvre de Herbert n’est citée que de manière anecdotique. Elle ouvre toutefois des perspectives intéressantes. Le système impérial de Dune possède des caractéristiques propres, assez différentes de ce qu’on peut trouver dans d’autres space operas, et subit de multiples évolutions au cours du cycle (périodes Shaddam IV, Muad’Dib, Leto II, etc.).
    D’autre part, un cycle moins connu mais sans doute tout aussi riche, celui des Saboteurs, imagine un système administratif assez original avec son fameux « Bureau des sabotages ».
    Cincinnatus

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