Le pourquoi du comment

 

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Accattone, nouvelle revue littéraire et culturelle, prétend apporter un vent de fraîcheur dans les corridors calfeutrés du modernisme bien-pensant. Son titre signifie mendiant en italien, mais nous ramène surtout à l’une des œuvres cinématographiques de Pier Paolo Pasolini, dont la présente revue se réclame et portera son héritage à travers les analyses qu’elle livrera tout au long des possibles numéros qu’elle comptera. Face à l’hédonisme de masse et le pouvoir fascisant de la société de consommation par l’acculturation qu’elle entraîne, nous nous posons comme pasoliniens, non seulement dans sa dénonciation, mais aussi pour réhabiliter les repères culturels abandonnés au profit des modèles consuméristes. Être pasolinien ne se réduit pas à s’emmurer dans une dénonciation perpétuelle, mais aussi d’analyser les rapports entre la culture et la société. Qu’il s’agisse de contre-culture, devenue sous-culture en se travestissant en fervent militant du capitalisme qu’elle prétendait combattre, ou du fascisme atavique incarné par ce nouveau Pouvoir que dénonçait déjà le poète en son temps, nous partons du constat qu’en réalité, la seule contre-culture qui existât est la Culture elle-même. La perte des repères culturels dans une société mettant avant tout l’accent sur la consommation comme critère d’égalité, mais aussi l’inflation d’œuvres s’inscrivant dans une perspective utilitariste, ne saurait nous convenir. Dans sa prétendue lutte contre le capitalisme, la contre-culture  usa d’armes qui portent en réalité sa marque de fabrique et qui ne servent qu’à renforcer l’hégémonie de la société de consommation.

Mais Accattone ne pourrait se limiter à cela. Être pasolinien, c’est aussi être à la recherche d’un bien perdu, comme l’innocence de l’enfance peut-être ; vouloir restaurer un peu de magie contre le désenchantement du monde. La revue empruntera la même voie en proposant une rubrique dédiée à l’imaginaire, comprenant nouvelles, poésies, et autres cadavres exquis.

Le but d’Accattone, s’il y en a un, est de renouer avec l’ébullition intellectuelle du siècle dernier, qui vit naître nombre de revues aujourd’hui légendaires, comme Le Grand Jeu, revues issues elles-mêmes de mouvements aussi féconds que décalés, qu’il s’agisse du dadaïsme, du surréalisme, et bien sûr du simplisme. Une tâche peut-être vouée à l’échec. Ou pas.

 

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